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mardi 29 avril 2014

MANGEZ-LE SI VOUS VOULEZ ... Théâtre Tristan Bernard *****

Un décor de cuisine pour une pièce mitonnée "aux petits oignons". © France 3 / Culturebox
Exhumé en 2009 par l'écrivain Jean Teulé, c'est un fait divers d'une rare barbarie qui est aujourd'hui raconté sur la scène du théâtre Tristan Bernard à Paris. En 1870, en pleine guerre contre la Prusse, les habitants d'un village de Dordogne pris de folie, agressèrent sauvagement un jeune homme qu'ils finirent pas brûler et...manger !
"Et pourtant, nous étions de braves gens". C'est en ces termes que l'un des villageois accusés en 1870 d'avoir battu, torturé et finalement mangé un jeune homme, conclut le procès qui vit la condamnation à mort de quatre personnes.
L'histoire, telle que l'a racontée Jean Teulé dans son roman "Mangez-le si vous voulez" (Julliard - 2009) est l'un des faits divers les plus effrayants de l'Histoire. 16 août 1870 à Hautefaye en Dordogne. Un jeune noble de la région, Alain de Monéys se rend à la foire. Il n'en reviendra pas. Pris pour un sympatisant prussien après une phrase malheureuse, il sera battu, torturé et finalement brûlé par une foule en furie. Des villageois tout à fait respectables, qui appréciaient en outre le jeune homme, et qui auront bien du mal à expliquer cette hystérie collective qui se conclut par la phrase désormais célèbre du maire de la commune : "Mangez-le si vous voulez".

Une mise en scène osée

Adapter ce fait divers dérangeant au théâtre relevait du défi. Comment traduire en effet toute la sauvagerie et en même temps la cocasserie de l'histoire dans l'espace limité d'une scène ? Le parti pris retenu par les deux co-metteurs en scène Clothilde Morgiève et Jean-Christophe Dollé qui sont aussi les comédiens de la pièce, est radical et plutôt osé. Dans un décor de cuisine, elle joue la villageoise au bon sens "paysan" qui trouve dommage de "gâcher cette bonne graisse" (celle du supplicié !) et en fait des tartines "pour les enfants". Quant à Jean-Christophe Dollé, il joue à la fois la victime et ses bourreaux enchainant les répliques ciselées à l'acide de ce conte cruel et fascinant.

"Mangez-le si vous voulez" de Jean Teulé, adapté et joué par Clothilde Morgiève et Jean-Christophe Dollé accompagnés sur scène par deux musiciens Mehdi Bourayou et Laurent Guillet. Au Théâtre Tristan Bernard jusqu'au 29 mars 2014.

FranceTVinfo

Jean Teulé développe dans son roman une vision très noire de l'humanité. Il relate un terrible fait divers où les forces les plus obscures se déchaînent dès que les circonstances s'y prêtent. Un homme sort de chez lui pour se rendre à la foire du village. Là, les paysans, pourtant des amis d'enfance, voient en lui, en pleine guerre de 1870, un Prussien ou un antifrançais. Rendus fous par l'alcool, la misère, la haine, ils le lynchent, le torturent, le brûlent, le mangent. L'adaptation théâtrale est captivante et inventive. La violence barbare est exprimée par les gestes d'une femme, image de réclame des années 50, qui, dans sa cuisine, coupe, déchire des aliments et en brûle les graisses. Jean-Christophe Dolle et Clotilde Morgiève interprètent tous les personnages avec une certaine ironie. Ils sont épatants.
*** Sylviane Bernard-Gresh TELERAMA

Quoi ? Une adaptation virtuose du livre de Jean Teulé sur un fait divers historique, survenu en Dordogne durant la guerre de 1870. Avant de partir au front, un jeune villageois apprécié se rend à la foire annuelle. Une phrase sortie de son contexte et le voilà pris à parti par voisins et amis, accusé d'être pro-Prussiens. La haine collective rampe, la violence fermente et la barbarie jaillit...

Qui ? Un duo de metteurs en scène et comédiens complémentaires, cofondateurs de la compagnie Fouic Théâtre. A Jean-Christophe Gollé, la parole, non-stop (il interprète la victime et les bourreaux) ; à Clotilde Morgièvre, un rôle quasi muet mais pluriel (la mère, la mégère, l'aimée...) et d'un symbolisme puissant. A leurs côtés, deux musiciens impriment au récit de saisissantes vibrations.

Pourquoi ? Pour sonder le mystère de cette folie incontrôlée qui parfois s'empare d'une communauté. De la foule qui exécute de supposés collabos à la Libération au lynchage de touristes innocents à Madagascar, les exemples se multiplient...

Comment ? En sortant l'événement de son carcan pour en souligner l'intemporalité. Un décor modulable ; des costumes tout en contrastes (une comédienne au look 50's, des musiciens très Men In Black, un narrateur au costume mi-rustique, mi-dandy), des riffs électro-rock menaçants ou des airs de comptines enfantines sur lesquels les acteurs fredonnent des horreurs ; une cuisinière au coup de hachoir éloquent... La pièce fourmille de trouvailles scéniques qui produisent des effets très spéciaux sur le spectateur. Le laissant pétrifié d'émotion et d'admiration.


*** Sophie Berthier TELERAMA




Objectif diffusion Adami - SACD : Mangez-le si... par ADAMI

samedi 26 avril 2014

ADOS ... Grand Point Virgule ***~~




Une réussite, déjà plus de 100 000 spectateurs ont pu rire aux facéties de trois ados qui revisitent le célèbre conte « Les trois petits cochons ».

Vous pouvez : soit vous joindre à votre Ado, soit le déposer au porte du théâtre le Grand point Virgule pour voir sur scène trois ados dans un spectacle à la fois farfelu, drôle et tonique.



Dans un rythme soutenu et des expressions du moment, les trois comédiens s’amusent avec la salle et réussissent à vous faire passer un excellent moment.

Une façon originale de partager avec votre Ado et peut-être mieux de se comprendre mais à coup sûr, de bien rigoler des blagues plus ou moins légères du trio.

Après les contes pour enfants, voici les contes d'adolescents dans une formule complétement loufoque et déjantée. Une pièce pour et sur les ados est chose rare, surtout adaptée des Trois Petits Cochons. Mais attention ! Les trois personnages ont beau s'appeler Naf-Naf, Nif-Nif et Nouf-Nouf ...
***TELERAMA



Le Grand Point Virgule
8 bis, rue de l’arrivée
75015 Paris (Métro : Montparnasse)
Réservation au 01 42 78 67 03 ou www.legrandpointvirgule.com

vendredi 25 avril 2014

LE CERCLE DES ILLUSIONNISTES ... Théatre de la Pépinière *****

« Le Porteur d’histoire » n’est pas seulement le titre d’un succès des saisons passées. C’est aussi un portrait en peu de mots d’Alexis Michalik. Le jeune metteur en scène crée une nouvelle fantaisie sagace et dynamique, fondée sur un même pacte de croyance et une solide foi dans le récit : « le Cercle des illusionnistes », à La Pépinière théâtre.

« le Cercle des Illusionnistes » | © Mirco Magliocca
Trois catégories de personnes au monde. Ceux qui veulent savoir. Ceux qui savent déjà. Et ceux qui croient. Les spectateurs de théâtre sont de ces derniers, de ceux qui croient. Alexis Michalik en fait le pari et la démonstration. Le metteur en scène monte un nouveau spectacle de son cru, fondé sur cette croyance qui fit le succès duPorteur d’histoire : une foi dans le récit qui dessille le regard, et éclaire l’horizon, ravive la grisaille du temps présent.

Son idée ? Les histoires, brèves ou longues, minuscules ou légendaires, disent plus et mieux que tout long discours ; oui, le théâtre est le lieu des grands récits. Non, la narration et l’action dramatique ne sont pas désuètes, bonnes pour les spectacles à papa, du siècle passé.

Los Figaros, la compagnie créée par Michalik, donne un bon coup de contre-pied au cul des prophètes du théâtre d’avant-garde : narration fouillée, personnages bien campés, situations historico-fantastiques, le tout réuni par une passion pour les « situations ». Elles s’organisent dans le Porteur d’histoire comme dans le Cercle des illusionnistes autour d’un bouquin abandonné et redécouvert, qui résume une kyrielle de destins. Ce livre retrace la Vie d’artiste du légendaire Jean-Eugène Robert-Houdin.

« La vie n’est pas une ligne droite, la vie est un cercle. »

Approchez, mesdames et messieurs : quel est cet inconnu célèbre ? Non, Robert-Houdin n’est pas Houdini l’Américain, une pâle copie du maître français ! Oui, Robert-Houdin a fait la gloire de l’illusion à la française. Et avant d’être magicien, Jean-Eugène Robert-Houdin fut horloger, mécanicien, électricien, constructeur d’automates. Il dit : « La vie n’est pas une ligne droite, la vie est un cercle ».

Illusion d’optique ? Nenni. C’est bien ce cercle qu’Alexis Michalik parcourt à toute bringue, confiant, cherchant par-delà les âges un trait commun à l’animal croyant. Alors ? Alors l’homme aime qu’on lui en conte. En grand écart entre le xixe siècle de l’invention du kinétographe et la fin du xxe, et sa déferlante vidéo, Alexis Michalik trace le diamètre de ce cercle, s’interrogeant sur la place de la narration et de l’imaginaire dans un monde spectaculaire, spéculaire, bref, où l’image est devenue reine. Que reste-t-il du cénacle des illusionnistes et des illusionnés aujourd’hui ?

Pour répondre sans trop de didactisme à la question, avec la fougue et l’entrain qui caractérise ses créations, pour partie improvisées à leur origine (il s’inspire d’ateliers pour écrire ses « partitions »), Alexis Michalik orchestre un jeu de piste, embrouillant les récits et les temps pour les mieux débrouiller, emmêlant le fil des anecdotes et les récits de vie pour les mieux démêler.

Fresque menée tambour battant
Cette réponse repose sur six acteurs et une vingtaine de personnages. Une figure filante traverse cette fresque menée tambour battant : l’Escamoteur, artisan du théâtre à illusion. Robert-Houdin en est l’inventeur : illusionniste, il pratique le trucage avant de revendre son théâtre du boulevard des Italiens à… Georges Méliès. Personnalité tout aussi mystérieuse que passionnante, elle incarne le trait d’union manquant entre la magie, le théâtre et le cinéma.

En mettant l’illusionniste au cœur de son spectacle, Alexis Michalik déjoue la tentation de faire du cinéma une nécessité au théâtre, qui viendrait combler un manque, une « pauvreté ». Le théâtre n’est pas un parent pauvre du cinéma ; le cinéma n’est pas la version « truquée » ou enrichie du théâtre. Car tous deux ont parenté commune et même ressort.

Avec un panneau en fond de scène, qui ménage des coulisses, des portants pour changer de peau, des accessoires et des décors à roulettes, l’équipe invente une pluralité de mondes, qu’elle déploie et replie en un souffle. Et du souffle, elle n’en manque pas. Près de deux heures au pas de charge font une révolution autour de l’illusion : un cycle complet de Houdin jusqu’aux jeux vidéo, tournant autour d’une belle croyance qui n’en finit pas d’élargir son cercle. Et c’est tout ce qu’on leur souhaite : michalikadabra, dramaticabricabroc, que le peuple des illusionnés s’enrichisse ! Entrez dans le cercle ! ¶


D'après Les Trois Coups


Le Cercle des illusionnistes, d’Alexis Michalik
Mise en scène : Alexis Michalik
Avec : Jeanne Arènes, Maud Baecker, Michel Derville, Arnaud Dupont, Vincent Joncquez et Mathieu Métral
Scénographie et vidéo : Olivier Roset, assisté de Juliette Azémar
Lumière : Pascal Sautelet
Costumes : Marion Rebmann, assistée de Clotilde Jaoul
Musique et son : Romain Trouillet
Magie : Romain Lalire
Collaboration à la mise en scène : Anaïs Laforêt
Une coproduction La Pépinière, Théâtre des Béliers-Parisiens, Mises en capsules
La Pépinière théâtre • 7, rue Louis-le-Grand • 75002 Paris
www.theatrelapepiniere.com
Réservations : 01 42 61 44 16

vendredi 7 février 2014

CYRANO DE BERGERAC ... Maison des Arts de Créteil ****~

Torreton compose
un grand Cyrano




Par Jean-François Picaut

Les types humains, issus de la littérature, ne sont pas si nombreux. Cyrano de Bergerac en est assurément un. Le succès constant, depuis sa création il y a plus d’un siècle, du chef-d’œuvre d’Edmond Rostand vient en partie de là. Cela fait aussi qu’il est toujours risqué de s’attaquer à un tel monument.
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Philippe Torreton, dans « Cyrano de Bergerac » | © Brigitte Enguérand
Les choix de Dominique Pitoiset pour cette nouvelle version de Cyrano de Bergerac sont radicaux. Le premier est une unité totale de lieu : une grande salle carrelée de blanc au fond de laquelle s’ouvre une grande porte battante sera tout à la fois l’hôtel de Bourgogne, l’échoppe de Ragueneau, le jardin de la scène au balcon, le campement au siège d’Arras et le refuge final de Roxane. Le mobilier, rudimentaire et quasi réglementaire, nous fait comprendre que nous sommes dans la cantine ou le foyer d’un hôpital. L’apparition des personnages, une pauvre humanité mal vêtue de pyjamas ou de méchants survêtements, nous le confirme et nous laisse entendre qu’il s’agit d’un hôpital psychiatrique.
Le second est encore plus surprenant : nous sommes dans un hôpital psychiatrique parce que Cyrano est, en fait, un maniaco-dépressif toujours partagé entre une grande exaltation et une humeur atrabilaire, que Pitoiset rapproche de celle d’Alceste. À ces deux piliers, le metteur en scène en ajoute un troisième en faisant de son personnage central un parangon de l’esprit national français, dont l’exemple parfait serait un (« le ») comédien. Tel est le fil rouge de son adaptation. Ces présupposés acceptés, le Cyrano de Bergerac que nous donne à voir Pitoiset a de quoi intéresser les spectateurs. On regrettera seulement, çà et là, quelques vulgarités dont le texte de Rostand n’a pas besoin pour être comique.
Un surcroît d’humanité
Les grands moments de la pièce, les morceaux de bravoure ou d’émotion, sont tous là : la scène avec Montfleury, la tirade du nez, le duel et sa ballade, même s’il se transforme en empoignade de voyous, la première entrevue avec Roxane, la scène du balcon évidemment, la scène finale, etc. Mais, surtout, la façon dont Torreton interprète son personnage lui confère, pourrait-on dire, un surcroît d’humanité. Physiquement, Torreton n’est évidemment ni Depardieu ni Weber, il renonce donc à la flamboyance héroïque. Même s’il lui arrive de gonfler un peu son pourpoint, pardon, son marcel, on peut dire qu’il sousjoue, d’une certaine façon. Ce contraste entre le texte et le jeu ne le rend que plus attachant. Dans les moments de doute, dos voûté, lippe tombante, regard de chien battu qui finit par se rebiffer, Philippe Torreton est particulièrement émouvant. C’est peu de dire qu’il domine la distribution, et pas seulement par l’ampleur du texte qu’il doit assumer.
Excellent subterfuge
Le reste de la troupe peine à le suivre sur ces hauteurs, et les choix du metteur en scène ne constituent pas toujours un secours. De Guiche (Daniel Martin) est le plus souvent réduit à n’être qu’un pantin caricatural. Le Bret (Bruno Ouzeau) n’a d’existence que fantomatique. Ragueneau (Jean-Michel Balthazar) garde quelque épaisseur et parvient à faire exister ce pâtissier rimailleur et philosophe. Patrice Costa campe un Christian qui garde son intérêt. Le cas le plus curieux est celui de Roxane (Maud Wyler). La mise en scène en fait une infirmière ou une aide-soignante qui tient plus de la collégienne montée en graine ou de la péronnelle que de la précieuse décrite par Rostand. Il n’est pas surprenant dès lors que l’interprète peine à donner vie à son personnage.
Cependant, Maud Wyler se montre excellente dans deux passages. D’abord, la scène du balcon qui, par un excellent subterfuge, se transforme ici en dialogue par Internet, façon Skype®. Filmée en très gros plan et montrée sur un écran de belle taille, Maud Wyler donne à voir très concrètement, à toucher presque, l’émotion suscitée par les mots de Cyrano-Torreton. De la même façon, elle saura insuffler le pathétique nécessaire dans la dernière scène, lorsque le quiproquo se dévoile à elle.
Les partis pris de Pitoiset acceptés, le Cyrano de Bergerac qu’il nous donne à voir a de quoi séduire les spectateurs. On désapprouvera seulement quelques vulgarités dont la pièce n’a pas besoin pour être drôle. Cette nouvelle version, néanmoins, devrait surtout charmer le public grâce au texte de Rostand et à l’immense talent de son principal interprète. 
Jean-François Picaut

samedi 18 janvier 2014

PSYCHE ... Comédie Française ****~

Un hymne à l’amour fantasque ...




Par Philippe Chevilley http://www.lesechos.fr/culture-loisirs/sorties

Dérouté, puis accroché et séduit au final : cette « Psyché » free-style au Français nous a mis dans un drôle d’état ! La pièce écrite à la va-vite par Molière (avec l’aide de Corneille) en 1671 pour inaugurer la nouvelle salle des machines du palais des Tuileries est un pudding à la mode antique, avec une distribution pléthorique – une fantaisie baroque chantée et dansée, narrant les amours de Psyché et du dieu Amour sous l’œil jaloux de Vénus. Bref, un texte « inmontable », sauf à l’élaguer et à le détourner.

Style Broadway-cabaret
Vaillant soldat de la Comédie-Française, actrice talentueuse amoureuse des beaux textes et du beau chant, Véronique Vella a entrepris la lourde tâche de remettre « Psyché » au goût du jour, salle Richelieu. Elle l’a bien raccourcie (2 h 15 au lieu de 5 heures) et a volontairement tourné le dos aux ors du Roi-Soleil... le spectacle est comme un « work in progress » : les dieux-comédiens jaillissent de dessous la scène et des cintres, s’approprient les machines, se fondent dans des décors de bric et de broc. Exit Lully et son orchestre. C’est Vincent Leterme, un habitué des lieux, qui donne le « la », mixant les style Broadway, cabaret et pop. Elliot Jenicot, pensionnaire du Français, règle les ballets façon modern-style acrobatique...


Au début, on s’agace : l’esthétique du spectacle signée Dominique Schmitt est trop disparate, le jeu des deux vilaines sœurs de Psyché (Coraly Zahonero et Jennifer Decker) est un brin outré, les comédiens s’agitent beaucoup. Mais, à la longue, s’installe une transe noire, qui prend son sens avec l’enlèvement de Psyché par Cupidon. Les amours interdites de la mortelle et du dieu virent au conte fantastique. Françoise Gillard impose sa virtuosité et sa grâce dans le rôle de Psyché – divine avant même que Jupiter (Claude Mathieu) la change en déesse. Benjamin Jungers est un tendre Amour, candide et rebelle... Sylvia Bergé (Vénus) campe une (belle-) mère d’enfer, mi-Walkyrie, mi-Cruella.

Les joutes amoureuses parlées-chantées- dansées dans le palais céleste, puis la descente tragique aux Enfers sur fond de rideau incandescent font décoller le spectacle – qui atteindrait les sommets de l’Olympe, sans les parasites de micros capricieux... Qu’à cela ne tienne ! On est conquis au final par cet hymne à l’amour fantasque. Véronique Vella sait maîtriser l’espace et invente un univers très singulier. « Psyché », le « musical », nous ensorcelle à l’arraché. Bousculé, relooké, Molière plie, mais ne rompt pas.

> DOSSIER DU PROGRAMME Psyché


PSYCHÉ de Molière Mise en scène de Véronique Vella. A Paris - Comédie-Française (0825 10 16 80), jusqu’au 4 mars en altenance, Durée : 2 h 15.

mardi 14 janvier 2014

LOVE LETTERS ... Théâtre Antoine *****

Jusqu'au 15 janvier, après des prolongations en raison du succès, Anouk Aimée et Gérard Depardieu triomphent chaque soir en amoureux épistolaire sur la scène du théâtre Antoine, sur les grands boulevards, dans "Love Letters", pièce américaine de Albert Ramsdell Gurney.

Succès international, "Love Letters", une suite de lectures sans décors, a été traduite dans une trentaine de langues. Elle a été jouée en France des centaines de fois par Anouk Aimée (81 ans), avec des partenaires différents: Bruno Cremer, Jean-Louis Trintignant, Philippe Noiret, Jacques Weber et Alain Delon.

A 64 ans, Gérard Depardieu qui n'est pas monté sur une scène parisienne depuis 2004, reprend le rôle de Andy. Anouk Aimée incarne Mélissa. Tout au long de leur vie, les deux uniques personnages se sont aimés de loin, par correspondance, sans jamais pouvoir être ensemble. Le destin, la vie, les rencontres les ont rapprochés puis éloignés, mais jamais ils n'ont cessé de s'écrire.
Avec une diction parfaite et une interprétation irréprochable, Gérard Depardieu, costume noir, chemise blanche ouverte, et Anouk Aimée, robe rouge, lisent assis à égale distance d'une longue table de style japonisant. Dès les premiers échanges, la salle est captivée par les deux comédiens, très émouvants.

Le public frissonne, rit, s'émeut et peut même essuyer une larme en découvrant la belle relation amoureuse épistolaire des héros pendant toute une vie, de l'amitié de l'enfance, jusqu'à la passion, avant le grand âge, le tout révélant la complexité des sentiments, d'autant plus platoniques.

samedi 21 septembre 2013

LES DESAXES ... Centre Culturel Sucy en Brie ****~

Avec : Guy REBREYEND, Samuel MAINGAUD, Michel OBERLI, Frédéric SAUMAGNE
Mise en scène : Philippe MARTZ
Création lumière : Fred MILLOT
Conception son : Geoffroy LEON

Durée: 1h30 / Tout public

Dans le spectacle Sea, Sax & Fun, les DÉSAXÉS proposent un tour du monde avec « public embarqué ». L’air marin saura-t-il les inspirer ? L’air du temps, dans la promiscuité, les fera-t-il s’entendre à défaut de s’écouter ? L’air de rien, arriveront-ils à bon port ? Mais qu’allaient-ils faire dans cette gale-aire !!! … Les voilà contraints à s’accorder contre vents et marées, et que ça tangue et que ça roule, à se côtoyer pour le meilleur et pour le rire ! Un souffle nouveau gonfle les voiles de l’imaginaire, voyageant au gré des vents, passant par les caps jazz, reggae, classique, chanson française…

Les DÉSAXÉS, quatuor de saxophonistes virtuoses, sorte de Sax Brothers dézingués, qui sont devenus par goût du spectacle et du défi, comédiens, danseurs, bruiteurs, chanteurs… A l’affiche à l’Olympia (1ère partie de Dany Boon), au Printemps de Bourges ainsi qu’au Paléo Festival de Nyons, ils ont sillonnés les continents et ont reçu autant de distinction que d’applaudissements.


La Presse en Parle :

"Pour Frédéric Saumagne, Michel Oberli, Guy Rebreyend et Samuel Maingaud, le saxophone n'est plus un instrument de prédilection, mais un véritable langage. Il sourit, soupire, ou nous fait rire. Ces quatre musiciens-là dialoguent au son de leur belle complicité dans un ballet musical qui divertira toute la famille."

Marie-Catherine Mardi TELERAMA

Un super moment de complicité familiale en jouant à deviner les morceaux ;-) Un spectacle délicieux, on ne s'ennuie pas une minute !

dimanche 18 août 2013

LE GLAIVE ET LA CROIX ... Théâtre Romain à Fréjus


Grâce aux invitations de radio France Bleu, nous avons découvert le Théâtre Romain de Fréjus et une compagnie amateur bien sympathique.



Spectacle historique inédit, dans un scénario original mis en scène par Jean-Denis VIVIEN

Lors de l'inauguration du monument à la gloire des grands hommes de Fréjus, un incident malencontreux fait disparaître la population, effaçant le passé, provoqué par la colère des sorcières qui n'ont pas été conviées à la fête. Dès lors, elles sont en grand danger de mort amnésique. Pour assurer leur survie, elles vont devoir recréer l'histoire de Fréjus depuis sa création jusqu'à nos jours. En tournant la roue du temps, elles vont croiser Jules César fondant Forum Julii, Léonce et Honorat enracinant la chrétienté dans Fréjus, l'évêque Jacques Duèze, futur Pape Jean XXII, Jacques de Molay et les templiers, Catherine de Médicis, Nostradamus, le cardinal de Fleury, Napoléon, le Pape Pie VII, les troupes américaines... Par le Glaive et la Croix, l'Histoire renait avec son cortège d'oracles, de prophéties, de malédictions, de philtres magiques, de poisons, de trahisons et de grands bonheurs. Empereurs, Rois, Papes, Reines, Saints, Sorcières et tout le peuple de Fréjus revivent sous vos yeux dans ce grand spectacle de Lou Misteriou, enrichi de plus de trois cent costumes, de décors hauts en couleurs où la vérité historique le dispute à l'humour pour votre plus grand plaisir.

vendredi 14 juin 2013

LE MISANTHROPE ... Théâtre de l'Odéon Paris ****~




























D’ordinaire, Alceste est irritable. Aujourd’hui, il est irrité. Quand le rideau se lève sur sa querelle avec Philinte, mieux vaudrait peut-être le baisser tout de suite : quelque chose ou quelqu’un ne tourne plus très rond… Ce Misanthrope selon Sivadier est d’abord une mise en crise, du théâtre non moins que de la société. Que se passe-t-il ? Bien sûr, Alceste a des soucis : un procès mal engagé, et surtout une affaire de coeur qu’il prend très au sérieux. Mais aujourd’hui, entre lui et le monde, Célimène doit trancher, qu’elle le veuille ou non. Au fait, le veut-elle ?... Alceste peut d'abord être vu comme un malade, affligé à son insu d'un excès de bile noire : sa misanthropie s'expliquerait d'abord par sa mélancolie. Mais la critique qu’il adresse à l'humanité entière n'est pas qu'un symptôme. Comment les hommes peuvent-ils s'abaisser à tant de dissimulation pour s'intégrer à des groupes où règne la seule loi de l'intérêt ?

Sivadier aime l’énergie sombre et "l’étrangeté de cette pièce très politique justement parce qu’elle a l’air de s’en tenir à la sphère privée”. Il aime aussi les contradictions d’un héros où il voit "une part de chacun d’entre nous", éternellement en guerre contre notre autre part : le très sociable Philinte, accommodant au risque de la compromission…

Nicolas Bouchaud s’est fait depuis quelques saisons une spécialité de ces grands rôles éruptifs, passionnés et puissants, qui nous livrent à travers leurs
courses folles ou leurs explosions sur place quelques aperçus sur nos vérités multiplees. Jean-François Sivadier et son interprète de prédilection se retrouvent avec d’autres compagnons, dont Norah Krief, Vincent Guédon et Cyril Bothorel, pour attaquer ensemble – une fois encore à l’Odéon – une nouvelle étape de leur périple théâtral.

*** Dans un décor qui hésite entre chaos recouvert de poussière et fastes de Versailles, Jean-François Sivadier redonne de la vie, de la violence et une formidable énergie à la pièce de Molière. Le débat, qui débute dès la première scène entre Philinte (Vincent Guédon) et Alceste (Nicolas Bouchaud), nous renvoie à des préoccupations très actuelles : composer avec le siècle ou se draper dans sa solitude. L'énergie de Nicolas Bouchaud, sa rage, sa détermination en font un homme très en colère, qui a sans cesse envie d'en découdre avec son époque. Célimène, loin de la coquette conventionnelle, fait une chipie batailleuse qui ne s'en laisse pas conter. Les entrées d'Arsinoé en carrosse (Christelle Tual), la théâtralité exacerbée dans le jeu et la diction des alexandrins, tout tourne en dérision la convention théâtrale pour mieux faire entendre le noyau dur de la pièce.
*** Sylviane Bernard-Gresh TELERAMA


Le Misanthrope
de Molière mise en scène Jean-François Sivadier

avec Cyril Bothorel, Nicolas Bouchaud, Stephen Butel, Vincent Guédon, Anne-Lise Heimburger, Norah Krief, Christophe Ratandra, Christèle Tual

jeudi 13 juin 2013

L'ART DE RIRE ...Théâtre du Rond Point ****~



























Quand et comment rit-on ?
A-t-on le choix de rire ?
En bon professeur, le comédien Jos Houben dissèque les mécanismes du rire et dévoile le potentiel comique de nos gestes et comportements les plus quotidiens.
Expert en déséquilibres, démarches et chutes en cascade, il incarne avec le même brio la poule, le serveur débutant ou… le camembert trop fait. Une heure de démonstrations éblouissantes et hilarantes.




La Presse en Parle :
" Sur scène, l’image de Houben est bien celle du relâchement, un grand type aux pieds ailés, un dégingandé tout en souplesse, moins danseur ou acrobate qu’homme caoutchouc. En trois quarts d’heure, une durée qui, comme il le dit à la fin, a le mérite de laisser le public frustré, « ce qui vaut mieux que l’inverse », l’acteur se livre à une série d’expériences. Cobaye de lui même, il scrute ainsi différentes façons de marcher, puis de tomber. Ce n’est pas le geste en lui-même qui fait rire, dit-il en substance, mais tout ce qui vient s’immiscer entre l’effet et la cause. Un bonhomme qui trébuche n’est pas drôle, sauf si, juste avant, il s’est retourné pour faire coucou à quelqu’un. Pour les besoins de ses démonstrations, Jos Houben fait parfois appel à des spectateurs comparses, victimes consentantes d’un jeu tout à fait dénué de cruauté. Plus pédagogue que bateleur, il ne joue surtout pas à l’amuseur professionnel. Et même lorsqu’il pousse à l’extrême certaines de ses théories, ainsi mimer un camembert, il a l’élégance de rester dans son sujet : le corps et sa tenue."
René Solis, Libération

"3 raisons d’aller voir… L’art du rire
1 Parce qu’il est rare qu’un professeur d’art dramatique donne une master class au grand public, en l’occurrence sur l’art de faire rire avec son corps.
2 Parce que le metteur en scène belge Jos Houben, par ailleurs enseignant à la très réputée école Jacques Lecoq, n’hésite pas à être son propre cobaye. Un cobaye assez gentil pour donner ses recettes.
3 Parce que se payer une bonne tranche de rire est peut-être le meilleur cadeau qu’on puisse se faire ces jours-ci. Celle-ci, sous l’apparence sérieuse d’une conférence, cache l’efficacité des meilleurs humoristes."
Laurence Liban, L’EXPRESS.fr

"C’est une merveilleuse leçon de théâtre que propose Jos Houben, comédien que l’on avait notamment applaudi dans les Fragments de Beckett mis en scène par Peter Brook. Aux Bouffes du Nord, en cinquante minutes, une irrésistible conférence, très logique et complètement folle ".
Armelle Héliot, Figaro.fr

"A-t-on le droit de rire ? Jos Houben pose la question d’entrée, pour mieux apporter ses réponses. Si Bergson, en philosophie, a écrit un essai théorique sur le rire dans toutes les bibliothèques des comédiens. Le comédien belge, passé par l’école Jacques Lecoq, donne une master class publique, avec démonstrations à l’appui. Très malin, il explore la verticalité, l’équilibre, la posture, « l’anthropomorphie animalière ». Il fait formidablement la poule, la vache et plus fort encore, le camembert ou le fromage de chèvre. Le corps du rire, et il fait rire, car le rire fait rire. C’est court, simple, intelligent et évidemment drôle".
A.C, Le Journal Du Dimanche

vendredi 10 mai 2013

LA LISTE DE MES ENVIES ... Théâtre Ciné 13 Paris *****

Anne Bouvier reprend à la scène le best-seller de Grégoire Delacourt, qu'adapte Mikaël Chirinian, et c'est une réussite. Jocelyne, dite Jo, est mercière à Arras. Elle rêvait du prince charmant mais c'est Jocelyn, dit Jo, qu'elle a épousé. Avec ses copines, elle joue au loto et… gagne le gros lot. L'occasion, pour elle, de réfléchir à ses vrais rêves, ses valeurs, sa vie. Mikaël Chirinian joue Jocelyne mais aussi Jocelyn, Danièle et Françoise. 

Et il est formidable de délicatesse et d'humanité dans ce spectacle touchant et drôle qui parle de fragilité, d'amour et d'amitié. 
Sylviane Bernard-Gresh - Télérama

Parfois drôle, parfois dramatique, un spectacle qui propose toute une gamme d'émotions. Un acteur à facettes qui investit les 2 principaux personnages (et les autres aussi) et on y croit.



Mes retrouvailles avec le Ciné13 et tant de souvenirs ;-)

... et toujours le plaisir de découvrir un nouveau quartier ... où il ferait bon vivre, n'est-ce pas Kareen ?

mardi 23 avril 2013

LE PRIX MARTIN ... Théâtre de l'Odéon Paris ****~

Eugène Labiche
Mise en scène Peter Stein


avec Jean-Damilen Barbin Pionceux, Rosa Bursztein, Julien Campani, Pedro Casablanc, Christine Citti, Manon Combes, Laurent Stocker et Jacques Weber Ferdinand


Le Prix Martin, avant-dernière grande œuvre de Labiche, fait partie des pièces qu’il écrivit our être représentées sur la scène de la Comédie-Française. La première eut lieu cependant au Palais-Royal. Cette pièce n’a aucune des caractéristiques du vaudeville, on serait tenté de la considérer comme une comédie bourgeoise, une comédie de moeurs. Le thème central, comment pourrait-il en aller autrement, ce sont les relations sexuelles, représentées à propos de trois couples, dont c’est l’unique et exclusive occupation : un couple de débutants en voyage de noces qui s’y adonnent durant trois actes sans interruption, ensuite une femme et un homme d’âge mûr, expérimentés en la matière et susceptibles de passer à l’acte avec impétuosité, et enfin deux hommes, deux amis qui sont sexuellement en retraite et qui voudraient enfin être tranquilles. Un dernier accès de jalousie qui menaçait de séparer les deux amis sera bien vite éteint et en jouant constamment au bésigue, jeu de cartes qu’ils affectionnent, ils trouveront le moyen de passer le temps jusqu’à la mort. Un serviteur, qui initie une habitante des Alpes suisses aux nouveautés du sexe parisien, tient le rôle d’une sorte de pièce ou de moment satyrique.
Une étrange mélancolie flotte au-dessus de cette comédie dont le dialogue amusant et vif glisse rarement dans la banalité et offre aux comédiens l’espace qui leur permet de donner la mesure de leur talent. Ne dirait-on pas qu’une certaine sagesse se dégage de cette pièce : le sentiment d’un adieu, d'un tiraillement, d’une déchirure intérieure de ces personnages dans et malgré le comique.
Peut-être est-ce cela qui a conduit Flaubert à porter sur cette pièce un jugement si favorable lors de sa création en 1876.

Peter Stein

Bravo pour les décors qui nous emportent autant que la pièce et les comédiens. Mention spéciale à Jean Damien Barbin, vraiment excellent ! La critique est mitigée ? eh bien moi j'ai passé un excellent moment de théâtre et la mise en scène n'est pas plate du tout, na !

Deux vieux amis jouent au bésigue, un jeu de cartes. L'un est marié, l'autre pas ; mais le célibataire couche avec la femme du premier. A vrai dire, il s'en passerait bien... Le choix de cette pièce, qui n'est pas la meilleure de Labiche, marque un peu un manque d'ambition de la part d'un maître de la mise en scène comme Peter Stein. On attendait donc de voir. Certes, l'adoption d'un rythme lent fait planer sur la scène une mélancolie et une étrangeté non conventionnelles. Mais la distribution est pour le moins inégale. Seuls Jacques Weber, en gigantesque bourgeois bedonnant, et Laurent Stocker, en petit monsieur imbu de sa personne, forment un couple improbable et hilarant. Ils se situent à l'endroit juste, là où derrière la mécanique comique théâtrale se joue la folie humaine. Quand les comédiens ne jouent que la mécanique de Labiche, fût-elle de précision, le spectacle reste plat. TELERAMA




... et toujours le plaisir de venir dans ce beau théâtre ... et ce quartier magnifique où il ferait bon vivre, n'est-ce pas Kareen ?

vendredi 5 avril 2013

SOLNESS LE CONSTRUCTEUR ... Théâtre de la Colline ***~~



Solness, un homme d’une cinquantaine d’années, construit des “foyers pour les hommes”après avoir été un constructeur d’églises. Mais, alors que sa réussite et sa renommée sont désormais solidement établies, il est rongé par la peur que la jeunesse “frappe à sa porte” et lui demande de céder sa place. La pièce s’ouvre et s’achèvera sur une question centrale, et pour Solness et pour Ibsen, tous deux bâtisseurs d’oeuvres: Quelle est la valeur de ce qui a été construit ? Cela méritait-il qu’on lui sacrifie tout le reste ?

Une pièce d'Ibsen comme je les aime avec la trilogie de l'homme piégé par lui-même, la femme soumise qui pourrait s'en sortir mais trop tard, la femme libre ...

Au moment de l’écriture de Solness le constructeur, en 1892, Ibsen est un artiste âgé, mondialement reconnu, qui, après plus de vingt ans d’exil, vient de rentrer définitivement en Norvège où il est accueilli en héros national tout en étant violemment critiqué par une nouvelle génération d’artistes qui veulent imposer d’autres formes dramatiques.
Le retour géographique n’est certainement pas exempt d’un retour sur soi dont la pièce se fait intensément l’écho (...)




Appui principal de Solness dans sa prise de conscience tardive, le personnage de Hilde est porté par une comédienne lumineuse, aussi éthérée que physique. Adeline d’Hermy est à la fois la fille de dix ans que Solness a embrassée à l’inauguration d’une de ses constructions, que la femme impitoyable qui réclame son du. L’enfant ressuscitée et la maîtresse malvenue. Elle semble avoir saisi toutes les facettes du magnifique personnage d’Ibsen et s’en empare à bras le corps – aucune réplique inexplorée, aucun geste superflu. Ses collègues s’effacent presque devant elle et lui laissent une place dont elle ne gâche pas le moindre recoin. (...)



Partie de ce qui est convenu d’appeler « les douze dernières pièces d’Ibsen », Solness le constructeur est un texte dans lequel on retrouve nombre de thématiques développées dans le reste du cycle : le bouleversement de l’ordre du monde, le couple malheureux, le couple impossible, la mort de l’enfant, le poids du passé, l’ultime ascension et l’échec. (...)


Solness le constructeur

du 23 mars au 25 avril Paris, à La Colline Théâtre de l’Europe


de Henrik Ibsen
texte français Michel Vittoz
mise en scène Alain Françon

avec Gérard Chaillou Docteur Herdal, Adrien Gamba-Gontard Ragnar Brovik, fils de Knut Brovik, Adeline D’Hermy de la Comédie-Française, Hilde Wangel, Agathe L’Huillier Kaja Fosli, Michel Robin Knut Brovik, Dominique Valadié Aline Solness, femme de Halvard Solness et Wladimir Yordanoff Halvard Solness

mardi 26 mars 2013

JEU DE CARTES PIQUE ... Odéon aux Ateliers Berthier ****~



Depuis l’époque où La Trilogie des dragons valut à Robert Lepage, quasiment du jour au lendemain, une renommée internationale qui ne s’est jamais démentie, son exploration théâtrale n’a rien perdu de son ampleur ni de son ambition, et si besoin était, la création en cours de Jeux de cartes, un projet sur lequel il travaille avec ses collaborateurs depuis 2010, tombe à point pour le confirmer.

Jeux de cartes, imaginé pour une scénographie circulaire ou quadrifrontale, a imposé dès sa conception des contraintes très fortes, de celles où le metteur en scène canadien aime à puiser d’étonnantes ressources d’invention. Les récits de Lepage et de ses compagnons s’épanouissent au sein d’étranges milieux hybrides où ce sont tantôt les objets qui passent, sans solution de continuité, d’une identité à l’autre sous les yeux émerveillés du public, tantôt les rapports d’échelle du monde ordinaire qui vacillent, tantôt les trois dimensions qui se fondent l’une en l’autre au nom d’une magie supérieure
.
Tous les métiers de la scène, du cirque au music-hall, sont ici confrontés aux savoir-faire de demain : jeux de miroirs, doubles fonds, lumières noires, filins invisibles et autres secrets d’accessoiriste s’y associent aux techniques vidéo les plus pointues pour produire un espace poétique dont les transformations, fluides et lumineuses, suffiraient à elles seules à alimenter la rêverie.

Le projet Cartes est jusque dans sa forme un hommage rendu à la fécondité combinatoire : règles, couleurs, familles, figures concourent à suggérer, en fonction des tirages, une infinité d’histoires possibles. En ouverture, PIQUE invente une confrontation entre Las Vegas et Bagdad – entre la capitale par excellence du jeu, caricature des valeurs de l’Occident, et une cité « bombardée par l’administration Bush au nom de la promotion de la démocratie ».

samedi 2 mars 2013

PHEDRE ... Comédie Française ***~~

Fille de Minos et de Pasiphaé, Phèdre lutte en vain contre la passion qu’elle éprouve pour Hippolyte, le fils de Thésée dont elle est l’épouse. Épuisée et culpabilisée par ses sentiments qu’elle ne contrôle pas, elle cherche par tous les moyens à l’éloigner d’elle. Ce beau-fils, adulé et rejeté, a l’intention de quitter Trézène pour partir à la recherche de son père disparu pendant la guerre de Troie, fuyant aussi par là son propre amour pour Aricie, soeur des Pallantides, clan ennemi. La mort que Phèdre implore pour expurger son crime sera retardée par l’annonce du retour de Thésée, après qu’elle a dévoilé ses sentiments à Hippolyte. Maudissant son fils qui l’aurait outragé, Thésée apprend trop tard son innocence – de la bouche même de Phèdre qui meurt à ses pieds.


            

de Jean Racine          mise en scène Mickael Marmarinos
avec Cécile Brune : Panope, femme de la suite de Phèdre; Éric Génovèse : Théramène, gouverneur d’Hippolyte; Clotilde de Bayser : Œnone, nourrice et confidente de Phèdre; Elsa Lepoivre : Phèdre, femme de Thésée, fille de Minos et de Pasiphaé; Pierre Niney : Hippolyte, fils de Thésée et d’Antiope, reine des Amazones; Jennifer Decker : Aricie, princesse du sang royal d’Athènes; Samuel Labarthe : Thésée, fils d’Egée, roi d’Athènes


Pierre Niney, (Hippolyte), relève de bout en bout le défi de cette pièce énigmatique : il garde, sous le verni et la dignité de son rang, la fougue naturelle, la liberté farouche qui convient au fils de la reine des Amazones. Digne fils de héros il ne se laisse pas démonter ni aller à des compromissions.



Œnone
Que faites-vous, Madame ? Et quel mortel ennui
Contre tout votre sang vous anime aujourd’hui ?
Phèdre
Puisque Vénus le veut, de ce sang déplorable
Je péris la dernière et la plus misérable.
Œnone
Aimez-vous ?
Phèdre
De l’amour j’ai toutes les fureurs.
Œnone
Pour qui ?
Phèdre
Tu vas ouïr le comble des horreurs.
J’aime… à ce nom fatal, je tremble, je frissonne.
J’aime…
Œnone
Qui ?
Phèdre
Tu connais ce Fils de l’Amazone,
Ce Prince si longtemps par moi-même opprimé ?
Œnone
Hippolyte ? Grands Dieux !
Phèdre
C’est toi qui l’as nommé !
Œnone
Juste ciel ! Tout mon sang dans mes veines se glace !
Ô désespoir ! Ô crime ! Ô déplorable race !
Voyage infortuné ! Rivage malheureux,
Fallait-il approcher de tes bords dangereux ?
Phèdre
Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée
Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
Athènes me montra mon superbe ennemi.
Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.
Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables.
Par des vœux assidus je crus les détourner :
Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;
De victimes moi-même à toute heure entourée,
Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
D’un incurable amour remèdes impuissants !
En vain sur les autels ma main brûlait l’encens :
Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
J’adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse,
Même au pied des autels que je faisais fumer.
J’offrais tout à ce dieu, que je n’osais nommer.
Je l’évitais partout. Ô comble de misère !
Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
Contre moi-même enfin j’osai me révolter :
J’excitai mon courage à le persécuter.
Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre,
J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre ;
Je pressai son exil, et mes cris éternels
L’arrachèrent du sein, et des bras paternels.
Je respirais, Œnone. Et depuis son absence,
Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence ;
Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
De son fatal hymen je cultivais les fruits.
Vaines précautions ! Cruelle destinée !
Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
J’ai revu l’Ennemi que j’avais éloigné :
Ma blessure trop vive aussitôt a saigné.
Ce n’est plus une ardeur dans mes veines cachée :
C’est Vénus toute entière à sa proie attachée
.

samedi 12 janvier 2013

LA NUIT TOMBE ... Théâtre des Bouffes du Nord Paris ***~~


Dans une même chambre d’hôtel, loin, très loin, (mais où ?), trois histoires se succèdent, s’entrelacent, se contaminent… L’histoire de Suzanne et sa petite fille, celle de Wolfgang, cinéaste envahi par les traumatismes de son enfance, celle des demi-soeurs invitées au mariage de leur père. Fantasme et réalité se télescopent sans cesse.


En collaboration avec le Théâtre de la Colline, les Bouffes du Nord nous présentent actuellement ce spectacle insolite, existentiel et intemporel de Guillaume Vincent qui signe également la mise en scène. Ce spectacle, inclassable nous conduit aux frontières du possible, au point de rupture qui préfigure la mort. Un lâcher prise qui transcende tous les fantasmes de ces personnages qui vivent ce moment de dépression avec intensité. Entre fantômes et fantasmes, les personnages se croisent, tissant un ensemble intense et inquiétant. Si ce spectacle interpelle le public, il risque de le perdre sur la longueur. Le spectacle de Guillaume Vincent est sans conteste un pari audacieux payant.

L’unité de lieu est représentée par une chambre d’hôtel vieillissante qui aurait besoin d’un rafraichissement. La mise en scène souligne ce lieu de passage anonyme traversé par des couples de nationalités diverses et variés. Les scènes vécues par ces personnages s’inscrivent dans la démesure, dans l’accomplissement de fantasmes puisqu’ils sont au bord du gouffre. Elles se suivent et parfois se renvoient l’une à l’autre.


Guillaume Vincent, nourri par une culture cinématographique de films fantastiques, nous pousse dans nos derniers retranchements en nous conduisant sur des chemins peu empreintés allant de l’adaptation d’un conte d’Andersen à des scènes irréelles et décalées. Tout est poussé à l’extrême, violent, âpre et fort comme l’amour. Un amour qui abandonne les êtres qui s’aiment. Ou bien ne serait-ce pas l’inverse ? Tout est d’un même tenant et tout se tient. La mort rode et engloutit tout sur son passage : les espérances et les souvenirs.

La scénographie est belle et fluide. Les effets spéciaux qui rappellent les films d’horreur sont inattendus et inquiétants. Le fantastique s’impose à nous sans jamais se montrer. Ce qui renforce son caractère intrinsèque. Le jeu des comédiens est excellent. Jouant avec une grande générosité, leur authenticité est criante et accentue le propos du spectacle. Un spectacle étonnant à découvrir !

Source

La nuit tombe de Guillaume Vincent
Mise en scène de Guillaume Vincent

Avec Francesco Calabrese, Emilie Incerti Formentini, Florence Janas, Pauline Lorillard, Nicolas Maury, Susann Vogel
Avec les voix de Nilita Gouzosky et Joahn Argenté et les visages de Thibaut-Théodore Babin et Io Smith

dimanche 18 novembre 2012

LUCHINI LIT MURRAY ... Théâtre Antoine PARIS *****

« Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous ! » Fabrice Luchini peut déclarer cela à son public de plus en plus fidèle. La raison ? Son talent, indéniablement. Son don de la parole, évidemment. Son esprit pétillant, cela va de soi. Mais les spectateurs viennent aussi pour entendre, parce qu'il les dit divinement, des auteurs. Cette fois-ci, il nous en présente un qui va comme un gant à sa pertinence et à sa sagacité, Philippe Muray. Comme la majorité des personnes dans la salle, je ne connaissais pas cet écrivain décédé en 2006. L'avantage de ce genre de spectacle est de combler cette lacune. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'Anne Muray a demandé à Luchini, pour un soir, de faire entendre l'œuvre de son époux. En lecteur enthousiaste de Muray, il a décidé de prolonger l'aventure. Et comme l'artiste ne ménage jamais sa peine, il y met toute sa passion. Muray est un « phénomène » dans le paysage culturel. Un homme qui dit ce qu'il pense sans tremper sa plume dans l'encre de la bienséance du formatage. Il affirmait se situer « quelque part entre Hegel et Desproges ». Il gratte là où ça demande, la « bouffonnerie irréelle de la nouvelle vie quotidienne ». Le texte sur les « emplois jeunes » est réjouissant, tout comme ceux sur le débat, André Malraux et Louis Jouvet. Dépassant le « c'était mieux avant », il analyse avec un humour féroce le « c'est comme cela maintenant et cela ne va pas s'arranger demain ». Appartenant à cette société, difficile de ne pas se reconnaître dans son poème « Tombeau pour une touriste innocente ». Muray, réac, anarchiste de droite ? Comme si cela pouvait exister… Il serait dommage d'enfermer une pareille réflexion sur notre monde. Pour ne pas isoler cette pensée, Luchini a ajouté du Cioran et du Péguy. Et s'il s'amuse à taquiner le public, c'est par intérêt du genre humain.

Pour Fabrice Luchini lire Philippe Muray à l'ère de l'hyper festif a quelque chose de réjouissant et de très stimulantLa scène est envahie par une horde d’individus hétéroclites et e situations absurdes : des « accompagnateurs petite enfance », Ségolène Royal, un pirate, des « agents d’ambiance », Christine Angot, une jungle, une « intervenante civique », Paulo Coelho, Paris-plage, une touriste blonde… Ces textes bouillonnent, grouillent d’une faune absurde et d’une flore artificielle. Ils révèlent le vide du réel. La perte du sens. Jusque de la moindre broutille. Car Muray est un maître du détail. On pourrait presque dire qu’avec lui, seul le détail compte. Pour lui, « toute entreprise critique véritable commence par la critique de la vie quotidienne ». On prendra comme exemple le poème-pastiche intitulé Tombeau Pour Une Touriste Innocente, qui commence ainsi : « Rien n’est jamais plus beau qu’une touriste blonde, qu’interviewent des télés nippones ou bavaroises, juste avant que sa tête dans la jungle tombe sous la hache d’un pirate aux façons très courtoises ».

« Notre époque ne produit pas que des terreurs innommables, prises d’otages à la chaîne, réchauffement de la planète, massacres de masse, enlèvements, épidémies inconnues, attentats géants, femmes battues, opérations suicide. Elle a aussi inventé le sourire de Ségolène Royal. C’est un spectacle de science-fiction que de le voir flotter en triomphe, les soirs électoraux, chaque fois que la gauche, par la grâce des bien-votants, se trouve rétablie dans sa légitimité transcendantale. On en reste longtemps halluciné, comme Alice devant le sourire en lévitation du Chat de Chester quand le Chat lui-même s’est volatilisé et que seul son sourire demeure suspendu entre les branches d’un arbre. »Il s’agit d’un extrait de Sourire À Visage Humain. Les autres textes sélectionnés par Luchini sont aussi variés et drôles : ils dénoncent la passion des débats organisés pour ne rien dire, le tourisme ou l’infantilisation, le culte de la jeunesse ...

DECOUVRIR Tombeau pour une touriste innocente



DECOUVRIR Emplois-jeunes "Un bataillon d’agents de développement du patrimoine ouvre la marche, suivi presque aussitôt par un peloton d’accompagnateurs de détenus, puis arrivent en rangs serrés les compagnies d’agents de gestion locative, d’agents polyvalents, d’agents d’ambiance, d’adjoints de sécurité, de coordinateurs petite enfance, d’agents d’entretien d’espaces naturels, d’agents de médiation, d’aide éducateurs en temps péri-scolaire, d’agents d’accueil, des victime et j’en passe énormément. Ferme le cortège un petit groupe hilare d’accompagnateurs de personnes dépendantes placées en institution, talonné par des re-découvreurs de l’histoire des villes et des promoteurs des ressources touristiques en direction des pays émergents. Musique. Vers le ciel d’azur s’envolent des ballons, un camion-grue déguisé en sapin de Noël s’élance en grondant, la foule massée des deux côtés de l’avenue applaudit sauvagement, le monde retrouve enfin sa base. Le Patrimoine est rassuré, la Petite Enfance respire. Le Tissu Social en cour de réparation frémit d’aise les réjouissances ne font que commencer. Non non non il ne s’agit pas d’une parade des arts de la rue, il s’agit des nouveaux emplois-jeunes de Martine Aubry, réunis dans un rassemblement imaginaire tel qu’il pourrait se présenter à l’occasion d’une fête géante, une sorte de , je sais pas moi, une sorte d’Halloween à l’échelle nationale, une Love-Parade en plein Paris, une Job-Pride mais oui pourquoi pas ?! Une Job-Pride"

DECOUVRIR d'autres extraits de Philippe Muray
... tellement vrai ce "sourire à visage humain" ...

vendredi 26 octobre 2012

CELIBATAIRES ... Théâtre des 3 bornes Paris ***~~

On ne compte plus les spectacles de café théâtre consacrés au sujet actuellement à l'affiche. Alors si "Célibataires", proposé aux Trois Bornes, tire son épingle du jeu, c'est probablement parce qu'au delà d'une succession de sketches sur la quête de l'âme soeur, ses auteurs (Rodolphe Sand et David Talbot) ont su assez justement dépeindre , avec humour mais sans lourdeur, des situations, des personnages et des sentiments dans lesquels tout un chacun est susceptible de se reconnaître.

Ainsi suivons-nous trois protagonistes à la fois hauts en couleurs et pleins de vérité, d'humanité, de fragilité. Christiane, jeune femme traumatisée par une rupture récente, Antoine, vieux garçon, et Bruno, tombeur de service, nous embarquent à la salle de sport, en boîte de nuit, chez une coach-relookeuse, ou en week end "chasse au trésor" spécial célibataires...

Le texte prête plus souvent à sourire qu'à rire véritablement à gorge déployée, mais il a le mérite d'être habilement structuré et d'offrir aux comédiens une partition leur permettant d'explorer différentes facettes de leurs personnages. Subtilement et efficacement dirigés par Pierre-Andre Ballande, ils nous amusent et nous émeuvent aussi parfois. On pense notamment à cette séquence où Christiane s'auto-souhaite son anniversaire, seule chez elle, faisant croire à sa mère, au téléphone, qu'elle est entourée de ses amis.

Plaisant moment.

mercredi 24 octobre 2012

ANTIGONE ... Théâtre du Vieux Colombier Paris ****~

Issue de l’union fatale d’OEdipe et de Jocaste, Antigone est aux prises avec son destin, en révolte contre l’ordre des hommes. Ses frères Étéocle et Polynice se sont entre-tués lors de la guerre des Sept Chefs. Leur oncle, Créon, devenu roi de Thèbes, organise des funérailles solennelles pour le premier et refuse que le corps du second soit enseveli. Bravant l’interdit, Antigone recouvre de terre le corps de Polynice. Arrêtée, conduite devant le roi qui tente de la sauver, l’inflexible jeune fille rejette avec véhémence le bonheur, factice, que son oncle lui promet. Et le verdict tombe, déclenchant l’implacable mécanique tragique, sans que rien ni personne ne parvienne à faire fléchir Créon…




"Antigone", rappelons-le, nous conte la tragédie de cette jeune femme refusant la loi et combattant le pouvoir en place incarné par son oncle Créon, roi de Thèbes. A l'issue d'une guerre qui vit s'entretuer ses deux frères, Etéocle et Polynice, le roi n'organisa de funérailles que pour le premier, interdisant que l'on ensevelisse le second. Cet interdit que bravera Antigone la fera condamner à mort.

Ecrite en 1942 sous l'occupation, inspirée de l"Antigone" de Sophocle, représentée en 1944, la pièce d'Anouilh réveillait les consciences et appelait à la résistance. Soixante dix ans plus tard, celle-ci nous interroge toujours sur le monde que nous désirons, nos libertés, nos politiques. L'écriture est magnifique, moderne, d'une puissance extraordinaire, d'une poésie rare, et pleine d'humanité. On ne peut qu'être saisi à la lecture ou à l'écoute de la prose du dramaturge.

Sur le plateau du Français, Françoise Gillard est une Antigone bouleversante. Fragile oisillon débordant d'énergie, à la force de caractère impressionnante, elle parvient à délivrer toutes les couleurs de son personnage. Sa colère qu'elle ne peut contenir, sa détermination sans faille, son courage qu'elle affiche sans trembler... Les sentiments jaillissent de la comédienne avec une infinie justesse. Bruno Raffaelli se révèle quant à lui magistral dans son interprétation effrayante et glaçante du politique Créon. Marion Malenfant est une Ismène effervescente et touchante ... Chacun est à sa place dans le subtil travail qui nous est proposé.

http://www.fousdetheatre.com/


Créon
Pourquoi fais-tu ce geste, alors ? Pour les autres, pour ceux qui y croient ? Pour les dresser contre moi ?
Antigone
Non
Créon
Ni pour les autres, ni pour ton frère ? Pour qui alors ?
Antigone
Pour personne. Pour moi.

de Jean Anouilh          mise en scène Marc Paquien
avec Véronique Vella : La Nourrice, Bruno Raffaelli : Créon, Françoise Gillard : Antigone, Clotilde de Bayser : Le Choeur, Benjamin Jungers : Le Messager, Stéphane Varupenne : Le Garde, Nâzim Boudjenah : Hémon, Marion Malenfant : Ismène

mardi 17 juillet 2012

AVIGNON, la magie du OFF

Le festival OFF d’Avignon est l’un des plus grands festivals de compagnies indépendantes au monde.

La richesse et la diversité de ses propositions culturelles en font un véritable « salon artistique du Spectacle Vivant » offrant aux compagnies qui s’y produisent, l’occasion unique de rencontrer des publics divers et connaisseurs, des professionnels (presse, institutions, …) et surtout des programmateurs susceptibles de les accueillir dans leur lieu de diffusion.


Le festival OFF cette année, ce sont plus de 1000 spectacles annoncés dans les rues par une débauche d'affiches partout dans la ville et un site fabuleux pour nous aider à faire notre choix :  http://www.avignonleoff.com




Cette année, on a vu :

*** Le naturaliste ou le Voyage en ballon - Théâtre Les Trois Soleils


Patrick Robine se définissant comme : "Grand interprète animalier botaniste et forestier", nous invite ici en temps que "Naturaliste" à vivre un "Voyage en ballon" au dessus de la planète, pour des virées aériennes au grand large de son imagination et de sa fantaisie, nous décrivant pendant l'ascension la chaîne des Pyrénées entièrement assemblée à la main par les Espagnols…
Sans accessoires ni artifices, il illustre et nous fait vivre son voyage à travers les airs, les eaux, ou sous terre, de la stratosphère au magma…
Ses voyages, il les dit, il les mime, il les bruite, mieux... il EST, et incarne tour à tour avec une vérité confondante : une éponge sauvage encore frétillante, le requin marteau, sa montgolfière ou le rat kangourou qui ne peut pas ouvrir sa poche un lundi après midi à l'arrêt du bus de ramassage scolaire à Brisbane en Australie.
Il nous fait nous émouvoir devant la grande transhumance des troupeaux de bigorneaux, nous fait entendre le cri du dodo oiseau disparu en 1765, nous apprend l'existence de l'oursin polaire ou de la moule plate du Tibet qui vit accrochée sur la paroi intérieure des volcans.
Pour une fois l'humour ne se nourrit pas de l'homme et de ses travers, du couple et de sa psychologie, Patrick Robine se nourrit de la terre, de la nature, des arbres, de séjours dans le désert ou sur la banquise, de tout sauf du quotidien, ça fait du bien.

LA PRESSE EST UNANIME

LE MONDE "Insolite, tendre et drôle"
TÉLÉRAMA "Un alliage rare de drôlerie et de poésie"
LE FIGARO "Un régal d'humour exotique, d'intelligence écologique et de poésie théâtrale"
LE CANARD ENCHAINÉ "Botaniste cinglé, biologiste barré, ornithologue fou..."
LES ECHOS "Un one-man-show loufoque, poétique et souriant"
LIBÉRATION "Robine imagine, on voyage. On sort de là l'esprit vagabond"
LE PARISIEN "Allez planer en compagnie de ce doux dingue hilarant"

  
Si l’image du théâtre était celle d’un soleil, les artistes en seraient sa lumière et le public en serait sa chaleur.
« Le soleil a rendez-vous avec la Luna »... résume ainsi l’idée qui a donné naissance au Théâtre Les 3 soleils (100 places).
Les mêmes ingrédients : amour de l’art, éclectisme et liberté animent les 3 directeurs de ce lieu quant au choix de la programmation.



*** Pour un oui ou pour un non - Théâtre du Vieux balancier


Dans un univers à la Miró, décalé, effrayant et drôle, deux amis, pour une expression mal employée, nous embarquent dans une guerre fratricide...
Comment faire basculer une amitié en un instant, pour presque rien, un mot, une intonation, une inflexion de voix ? Dans une mise en scène inspirée d'un univers à la Miró, à la fois décalée et absurde, deux amis proches, pour une expression maladroitement employée, déclenchent une guerre fratricide qui remet en cause leur amitié. Les mots se chargent de ridicule et d'absurde pour aboutir à une joute verbale qui fait de ce texte une tragi-comédie contemporaine unique.

Nathalie Sarraute et Bruno Dairou nous embarquent dans un monde effrayant et drôle où les mots sont percutants et choisis avec précision.
"Choisir de mettre ce texte en scène, c'est moins vouloir exprimer l'inexprimable que montrer la cruelle complexité des êtres révélée sous l'apparente banalité du langage quotidien." Bruno Dairou.

Extrait:
"H1 - Et bien moi je sais. Tout le monde le sait. D'un côté le camp où je suis, où les hommes luttent, ils donnent toutes leurs forces... ils créent la vie autour d'eux... pas celle que tu contemples par la fenêtre, mais la vraie. Celle que tous vivent. Et d'autre part... eh bien...
H2 - Eh Bien ?
H1 - Eh bien...
H2 - Eh bien ?
H1 - Non...
H2 - Si je vais le dire pour toi... eh bien, de l'autre côté il y a les ratés."

Auteur : Nathalie Sarraute
Artistes : Romain Arnaud-Kneisky, Antoine Laudet, Sébastien Harquet
Metteur en scène : Bruno Dairou

"Intensité étonnamment grave et prenante d'Antoine Robinet, ironie angoissante très communicative de Romain Arnaud-Kneisky."
"Courez voir cette œuvre essentielle du Festival Off 2011. Prévoyez de réserver car c'est plein chaque jour !" AVIGNEWS
"Les comédiens servent avec grâce et avec force le propos." LE DAUPHINÉ

Le Théâtre du Vieux Balancier (45 places) est un petit lieu chaleureux ouvert depuis dix ans au coeur même du vieil Avignon.
La qualité de ses programmations lui a permis de fidéliser un public recherchant avant tout de beaux textes de théâtre.




*** Un couple presque parfait !  - Théâtre du Bourg Neuf


Ribes, Tardieu, Obaldia, Courteline, Feydeau et d'autres auteurs du 20ème siècle au service de deux comédiens qui forment un couple presque parfait !
Couple improbable dans la vie mais irrésistible sur scène, Jean-jean et Sophie vous invitent à un véritable voyage à remonter le temps. Vous serez donc les témoins amusés de scènes jubilatoires des auteurs majeurs du 20ème siècle et des difficultés de ce couple qui ne sortira pas indemne de ce spectacle...

Toute ressemblance avec des personnages ou des situations existantes étant complètement fortuite, la production décline toute responsabilité sur d'éventuelle crise conjugale à la sortie de ce spectacle...

Auteur : Ribes, Tardieu, Obaldia, Courteline, Feydeau
Artistes : Camille Bardery, David Bottet
Metteur en scène : Anne-Jacqueline Bousch et David Bottet



TELERAMA
"C'est joué avec entrain et finesse"

LE POINT
"Excellent Duo","On se régale"

THEATREONLINE
"Complicité avec le public épatante"

Le Théâtre du Bourg-Neuf (2 salles de 66 et 99places) propose un programme reflet de notre époque, en accord avec ses convictions, ses désirs ; soyons curieux et gourmands.